Et pourtant, je rencontre cette erreur ou ce manque de nuance dans bien des sources non officielles sur Internet alors que ces différences sont clairement explicitées dans les publications de spécialistes de la santé mentale. Moi-même, j'ai dû revoir la documentation publiée sur ce blog afin d'être sûre qu'elle soit également clarifiée.

C'est pourquoi, et ce, malgré mes rappels dans nombre de mes articles et mes interventions dans les commentaires, je tiens à insister sur la chose en vous donnant un bref aperçu de ces différences.

Faire de la manipulation ou être manipulateur?

Bien que les dégâts occasionnés dans les deux cas qui suivent puissent être tout autant dévastateurs, il existe une différence fondamentale entre "faire de la manipulation", et "être manipulateur". "Faire de la manipulation" peut être une tactique (ou la manifestation d'un symptôme d'un problème comportemental autre que la pathologie du manipulateur. Ex.: border-line), tandis "qu'être manipulateur" est un état pathologique psychiatriquement reconnu.

Manipulateur pathologique (dit le pervers narcissique) ou pervers de caractère?

N'est pas pervers de caractère qui veut! La psychothérapeute et comportementaliste, Isabelle Nazare-Aga, estime selon ses recherches que le manipulateur véritable représente environ 3% de la population et que parmi ceux-ci, uniquement 20% d'entre eux s'avèrent être des pervers de caractère. Dès lors, il convient de ne pas glisser trop rapidement dans cet amalgame que font bien souvent les victimes, et ce, sans pour autant mettre leur témoignage en doute, ni même leur souffrance qui n'en est pas moins importante.

Si nous faisons références aux recherches psychanalytiques, il convient donc d'être attentif aux différentes appellations et de différencier:

  • le "pervers narcissique" (ce que j'appelle le "manipulateur");
  • le "pervers de caractère" (ce que j'appelle le "manipulateur pervers");
  • le "pervers" de perversion véritable (perversion sexuelle).

(...)

Le pervers de caractère (précisément écrit par J. Bergeret: pervers de caractère) est la pathologie à laquelle je fais référence lorsque j'énonce le terme manipulateur pervers. Dans ce cas, nous ne parlons plus tant de la perversion que de la perversité. Cette dernière se définit comme le caractère ou l'action perverse ayant des points communs avec le sadisme et la dépravation.

Voici comment différencier concrètement le manipulateur classique (pervers narcissique) du pervers de caractère: le pervers de caractère est conflictuel et peu accepté par son entourage. La réalité de l'autre est encore plus niée que dans le cas du manipulateur qui, lui, élabore une stratégie afin de ne pas être victime d'aversion directe. Le manipulateur agit plus discrètement que le pervers de caractère et n'éveille pas la vigilance de son entourage.

Le pervers de caractère est plus intransigeant. Le manipulateur sait davantage attendre et prendre soin de se présenter en victime afin de susciter la compassion.

Le pervers de caractère est un caractériel. Ses réactions de frustrations sont violentes et exagérées. Tout lui est dû immédiatement. Il n'admet aucune remise en question, alors que lui se permet de critiquer tout le monde.

De plus, il se joue ouvertement des émotions d'autrui et montre du plaisir à observer l'humiliation de sa victime. Il triomphe doublement lorsqu'il fait remarquer à celle-ci qu'elle se soumet à cette humiliation. La jouissance de la domination est propre aux sentiments pervers.

Ces manipulateurs pervers (pervers de caractère), hommes ou femmes, semblent très conscients de la déstabilisation et du désarroi causés à autrui et en jouissent. Ils formulent des menaces ouvertes du type: Je tiens ta vie dans ma main, Regarde-toi pleurer comme une gamine!, Je ne te laisserais pas me quitter, prends garde à toi, Je veux ton âme. De plus, leurs comportements sont déroutants et leurs attitudes, malsaines.

(...)

Source: NAZARE-AGA Isabelle, Les manipulateurs et l'amour, Editions de l'Homme, pp. 23-25.

Pour plus d'informations, je vous invite à consulter ma FAQ.

À voir:

Interview d'Isabelle Nazare-Aga qui définit cette nuance dans le cadre de l'émission de Brigitte Lahaye, 21 février 2008, dernière consultation le 30 avril 2008, [lien]

Dernière mise à jour le 14 janvier 2009.